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La lutte des classe n’est plus un gros mot !

Motion du Syndicat des cheminots CGT de Chartres à la préfète d’Eure et Loir :

Madame la Préfète,

Les cheminots entament leur 42e jour de grève et se trouvent en première ligne dans un mouvement social d’une puissance inégalée depuis des décennies. Si ce combat s’inscrit dans une lutte interprofessionnelle concernant l’ensemble du monde du Travail sur les retraites, il participe plus globalement à une lutte sans merci entre deux camps.

La manière dont le Président le plus mal élu de France gère la réforme des retraites — tant sur le contenu que sur la forme — nous place dans un affrontement de classe violent. Nous en avons pris acte, et nous relevons le défi dans ce mouvement que nous définissons d’intérêt général, et pour lequel le monde du Travail retrouve une fierté inestimable.

Le combat que nous menons actuellement dépasse celui d’une réforme, car vous le rendez politique — la lutte des classes est une affaire politique. Il se recentre sur la défense de la démocratie tant dans le pays que dans les entreprises. Les cheminots sont souvent dans la lutte. En 2014, nous avons découvert « la procédure accélérée », en 2016, le « 49-3 », et en 2018 « les ordonnances ». En 2020, il semblerait que vous décidiez de cumuler les trois dispositions les plus antidémocratiques de notre Constitution. Quelle va-t-être la suite ? Les pleins pouvoirs au Président ?

Comme dans chaque période autoritaire, les violences policières s’accentuent de manière inqualifiable et intolérable. Cette escalade est totalement de votre fait. Quand la démocratie est violée, il ne reste plus que la rue au Peuple. Mais jusqu’où irez-vous ?

Sur le contenu, il n’y a rien à discuter. L’imposture d’un « régime universel » que vous porteriez aurait pu mener le combat à front renversé ; une classe dominante qui porte l’universalité et le monde du Travail qui se diviserait dans 42 régimes spéciaux ou particuliers. Cependant, il est important que vous compreniez que le monde du Travail et plus particulièrement les cheminots poursuit l’oeuvre des révolutionnaires d’après-guerre qui eux portaient un vrai régime universel.

Croyez-vous que les cheminots veulent maintenir un régime spécial — devenu temporaire depuis l’après-guerre — maintenant fermé ? Ils ont expérimenté la retraite à 55 ans, et 50 ans avec un système de bonifications depuis des décennies. Et cela fonctionne ! Il n’est certes pas concevable que certains partent 10 ans plus tard ou pire encore. Nous proposons d’élargir ce principe à l’ensemble monde du Travail.

Un régime universel, chiche ! Une caisse unique, un taux unique de cotisation — environ 50 % comme les cheminots —, et un âge de départ unique : 50 ans.

Le projet que vous portez est une sorte de revenu minimal de misère pour les personnes usées par l’exploitation capitaliste. Au passage, il renie l’ascension sociale que pourrait avoir le monde du travail en calculant la retraite sur l’ensemble de la carrière et non sur la fin de carrière. Ainsi, quelqu’un qui commencerait au SMIC et qui progresserait en passant des examens et des concours — comme c’est monnaie courante chez les cheminots — se retrouverait avec un salaire médian qui tendrait vers le minimum et nierait le parcours et l’investissement personnel d’un travailleur souvent pour la société. La reproduction sociale que vous mettez en place est bien une affaire de classe !

La pénibilité n’est pas une histoire de retraite, mais de conditions de travail. Croyez-vous que nous pourrions accepter le fait qu’il y ait une différence d’espérance de vie selon les métiers ? Pensez-vous qu’il est tolérable de laisser quelqu’un partir en retraite plus tôt parce qu’il a une espérance de vie plus faible ?

Sacré projet de société ! Nous considérons que les retraités sont une richesse pour la société, d’ailleurs imaginerions-nous une société sans retraités ? À leur manière, eux aussi créent de la valeur !

Vous comprendrez que nous ne nous battons pas pour 1 % du PIB. Nous avons pleinement conscience que seul le monde du Travail crée de la valeur et qu’à ce titre les 100 % du PIB nous appartiennent. Tout est à nous !

Travailler, créer de la valeur, est un acte politique. Nous, on fait de la politique ! Pas comme un certain député qui refuse le débat à des citoyens qui s’invitent à ses voeux ; un député est au service du Peuple tout le temps de son mandant et a pour devoir de recevoir « ses » concitoyens. Il est encore plus incroyable de voir que ce dernier est incapable de débattre sur les retraites sans avoir vu le projet de loi. C’est sans doute une des raisons d’une possibilité de passage en « 49-3 »...

Cet amateurisme — très bien résumé par la députée Corinne Vignon — mêlé aux casseroles de l’ancien Haut-Commissaire Delevoye, aux Sénateurs qui voulaient se revendiquer au-dessus de la loi pour ne pas appliquer cette réforme des retraites pour leur régime est édifiant.

Cet amateurisme est tout à fait en lien avec ce qu’il se passe dans les chemins de fer où l’incompétence des dirigeants et leur autoritarisme ne sont plus supportables. Avons-nous d’autres choix que de reprendre la gestion de l’entreprise et du pays ?

Quoiqu’il advienne de ce mouvement de grève, la dynamique lancée en plus du mouvement dit des « gilets jaunes » ne s’arrêtera pas comme ça. Car plus le temps passe, plus le conflit dur et plus nous nous affinons politiquement.

Plus de compromis, dont acte !

Veuillez recevoir, madame la préfète, nos salutations respectueuses.

Article publié le 17 janvier 2020.


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